dimanche 29 mai 2011

Ephèbe(s)

Voilà une statue antique en bronze, de un mètre quarante de haut, datée du IVe siècle av. J.-C., trouvée dans le lit de l'Hérault, face à la cathédrale Saint-Étienne d'Agde, en 1964 par Denis Fonquerle et Jacky Fanjaud. Quelle découverte ! un bronze antique, un superbe vert patiné, quasi intact, gisant comme ça, dans le lit de la rivière !

Et puis ça change des romains : nous sommes quatre cents ans avant,  chez les grecs !

Qui a bien pu couler ce bronze relativement gros, en utilisant la technique de la cire perdue ?


Le style, dixit Wikipédia, est celui du sculpteur Lysippe de Sicyone et il pourrait s’agir d’Alexandre le Grand. Vous jugerez plus tard s’il faut vraiment croire cette interprétation. Pour être franc, la tête paraît un peu petite pour le corps. Les épaules sont celles d’un champion de natation. Plus bas, c’est manifestement un monsieur du sexe masculin. Manquent seulement un bras et les pieds, ce qui est déjà extraordinaire. La nudité est rehaussée par un bout de toge, à moins que ce soit une serviette de bain comme si Alexandre sortait tout bonnement des thermes ?




















Après avoir été exposée au musée du Louvre pendant plus de vingt ans, l’œuvre est revenue en 1986 à Agde où elle est conservée dans le « Musée de l'éphèbe », construit spécialement pour lui, et inauguré par le ministre de la culture de l'époque, François Léotard. Comme dans les musées modernes privilégiant les économies d’énergie, les visiteurs sont plongés dans le noir,  à peine percé de leds minuscules laissant les œuvres dans la pénombre, de manière à faire travailler davantage l’imagination sans doute. Pour le photographe- dûment autorisé par Madame le Conservateur en réponse à une demande dactylographiée- à prendre des photos (sans utiliser le flash susceptible d’altérer la patine d’Alexandre), la tâche est rude d’autant plus que les appareils numériques modernes n’ont pas de touche « pause » comme autrefois, pour prolonger le temps d’exposition. La guide qui me suit pas à pas comme à Pékin (quand on surveille étroitement les touristes occidentaux) n’en revient pas du nombre de photos prises, et de mon explication qu’il risque d’y avoir beaucoup de ratages vu la pénombre du tunnel dans laquelle nous sommes immergés !


Cette statue est maintenant l’emblème de la ville d'Agde. Une copie de grandes dimensions a été érigée sur un rond-point routier (le rond-point de l'Éphèbe) près de la rocade sud. Quand on a réussi à garer son véhicule, on peut photographier … sans autorisation…ouf ! Liberté, liberté comme chante Cantelou imitant Montagnier !


En voyant les orbites vides, je pense à l’éphèbe de Marathon dont les yeux sont intacts. Il s’agit d’une statue en bronze découverte en 1925 en baie de Marathon, d'où son nom. Même taille de un mètre trente. Elle est communément rattachée à la sculpture grecque du second classicisme, c'est-à-dire du IVe siècle av. J.-C. Pareil ! Elle est conservée au Musée national archéologique d'Athènes. Autrefois, on chantait des chansons grivoises sur le musée d’Athènes, sur le thème des fils d’Hercule par exemple…peut-être à cause de lui ?  à cause d’eux ?


Agde ; Athènes ; mêmes éphèbes !