mercredi 31 août 2011

Ca, c'était du bling-bling !

Nous sommes à la fin du XIXè siècle.  Charles Christofle  a acheté en 1842  les brevets de la galvanoplastie. Une grande usine a été construite rue de Bondy, l’une des premières au monde à utiliser l’énergie électrique. Le  roi Louis-Philippe en 1846 commande  un service en argent. Plus tard, ce sera l’empereur Napoléon III pour le grand salon des Tuileries.

Le Sultan Abdulaziz (1830-1876), sultan de l’empire Ottoman visite l’ Exposition Universelle de Paris de 1855. Il commande une série de cadeaux pour le mariage de sa fille. Un lustre de 75 livres, une table en métal argenté et doré.




















Charles meurt en 1863, son fils Paul (1838-1907) et son neveu Henri Bouilhet lui succèdent. Lors de la Foire universelle de Paris en 1867 la maison Christofle présente son premier émaillé d'inspiration japonaise. En 1868,  Christofle crée la statue monumentale de la Vierge et l'Enfant pour l'église de Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille, le plus grand ouvrage galvanisé au  monde. Des cuves d’électrolyse de  90 m3 pleines de sulfate de cuivre pour fabriquer l’enveloppe ! Pour l' Opéra Garnier en 1869, la maison réalise deux grandes statues,  L'harmonie sur le côté gauche et la Poésie (toutes deux de F. Jouffroy)  sur le côté droit.  Les statues mesurent 9,7 mètres et pèsent six tonnes !


Pendant ce temps là, bien loin vers l’orient, dans ce qu’on appelle aujourd’hui le Pakistan, régnent les Maharadjas ! Les Nawab ! Plus précisément les nawabs de Bâwalpur dans la province du Penjab. Fondée en 1701 par Mubarak Khan 1. Bahawalpur l’ancienne capitale, a été fondée, elle, en 1780. Ses dirigeants sont des émirs, et nous nous intéressons à Sadeq Muhammad Khan IV (1862-1899), qui a tout juste vingt ans en 1882, et décèdera tout aussi jeune à 37 ans, on comprendra plus tard pourquoi ! Sa province est sous domination britannique, et il s’intéresse à tout ce qui se passe en occident, notamment aux bijoux de Cartier, Boucheron, Van Cleef and Arpel…et aux grosses voitures avant même les Rolls !















 En avril 1882 Christofle reçoit une commande extraordinaire, un client qui refuse de donner son identité !  Le contrat prévoit la fabrication d’un lit en bois de rose, orné d’argent avec des pièces décoratives et des monogrammes dorés, avec les initiales mystérieuses S.M.K.

Mais le clou du lit, c’est qu’il doit être flanqué de quatre statues féminines grandeur nature, à la peau super réaliste. De vrais cheveux, et elles doivent pouvoir bouger yeux et membres au son d’un orgue mécanique (qui doit jouer l’air de Faust de Gounod pendant une bonne demi-heure).

Le lit (de parade dit la littérature) est livré à Bahawalpur en 1882. Le commanditaire S.M.K est notre tout jeune Sadeq Muhammad Khan IV. La boiserie de palissandre du Brésil est l’œuvre de Schmidt Piollet. L'orfèvrerie de la structure a demandé 290 kg d’argent poinçonné et gravé. La tête de lit est décorée des armes du client : deux grands pélicans ;  un bouclier avec trois branches verticales ; des étoiles ; un casque de chevalier et un croissant de lune surmontant le tout. Et les fameuses initales S.M.K.


Et aux quatre coins, les quatre femmes nues debout avec les cheveux de couleurs différentes tiennent un éventail en crin de cheval ou en plume d'autruche : une Française, une Espagnole, une Italienne et une Grecque. Cheveux conçus par Lesage, l'un des coiffeurs les plus célèbres de son temps. Ultime raffinement nous disent les écritures  : « un mécanisme déclenché  par le mouvement du matelas,  amène les personnages féminins à éventer les ébats des usagers du lit, pendant que leurs  yeux scintillent…. » . En réalité, le sultan maniait un bouton à gauche incrusté de son côté (je résiste à la plaisanterie de prétendre qu'il était un homme de gauche !).



Voilà la vraie extravagance des Maharadja, quand ils pouvaient se livrer au bling-bling en toute impunité.

Alors vous vous demandez, comme moi :

Mais il est où, ce lit ?

Made for maharadja…

The Indian princes of the British Raj lived lives of unparalleled opulence and luxury. Made for Maharajas returns readers to that resplendent era, presenting a selection of one-of-a-kind objects crafted to order by the outstanding European luxury goods manufacturers, fashion houses, and decorators of the late 19th and early 20th centuries. Here are the custom-designed cars, jewelry, and extraordinary objets d’art commissioned by maharajas, nawabs, nizams, and sultans from Cartier, Van Cleef & Arpels, Boucheron, Harry Winston, and others, accompanied by anecdotes that illuminate this sumptuous way of life. Many of the illustrations in this book have never been previously reproduced outside of India, making this not only the first volume of its kind, but a remarkable keepsake that may never be duplicated in our lifetime.

Il parait que le nawab’s bed est dans ce bouquin. Je l’ai trouvé sur Amazon aux USA, pas si cher que ça au cours du dollar. Exactement $46,68 mais il doit bien y avoir $30 de port ?

Je l’achète ?